miércoles, marzo 23, 2011

"Una temporada en el infierno", de Arthur Rimbaud

Inicio / © Traducción de Juan Carlos Villavicencio




En otro tiempo, si mal no recuerdo, mi vida era un festín donde se abrían todos los corazones, donde todos los vinos fluían.

Una noche, senté a la Belleza en mis rodillas. -Y la encontré amarga. Y la insulté.

Me armé contra la justicia.

Huí. ¡Oh brujas, miseria, odio, a ustedes fue confiado mi tesoro!

Logré desvanecer de mi espíritu toda esperanza humana. Sobre toda alegría, para estrangularla, di el sordo brinco de la bestia feroz. Llamé a los verdugos para morder las culatas de sus fusiles mientras moría. Llamé a las plagas para ahogarme con la arena, con la sangre. La desgracia fue mi dios. Me tendí en el barro. Me sequé con el aire del crimen. Y le he jugado buenas manos a la locura.

Y la primavera me trajo la espantosa risa del idiota.

Ahora bien, muy recientemente, encontrándome a punto de dar el último ¡cuac!, soñé con buscar la llave del viejo festín, donde tal vez recobre el apetito.

La caridad es esta llave. - ¡Esta inspiración prueba que soñé!

"Tú seguirás siendo una hiena, etc...", exclamó el demonio que me coronó con tan amables amapolas. "Llega a la muerte con todos tus apetitos y tu egoísmo y todos los pecados capitales."

¡Ah! Ya ha sido demasiado: –¡Pero, querido Satán, te conjuro con una pupila menos irritada! Y aguardando las escasas y pequeñas cobardías que faltan, para ti que amas en el escritor la ausencia de facultades descriptivas o instructivas, arranco algunas repugnantes hojas de mi carnet de condenado.






1873





Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient.// Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. -Et je l'ai injuriée.// Je me suis armé contre la justice.// Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié!// Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce.// J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie.// Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot.// Or, tout dernièrement, m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac! j'ai songé à rechercher le clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.// La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai rêvé!// "Tu resteras hyène, etc...", se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. "Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux."// Ah! j'en ai trop pris: -Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée! et en attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans l'écrivain l'absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache des quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.





2 comentarios:

Anónimo dijo...

Excelente traducción

un abrazo, mi amigo,

Roberto Marconi

Anónimo dijo...

Monsieur Rimbaud:
Vuestra tristeza florece cada día
y la llave permanece en el fondo del bolsillo